La Zad de Notre-Dame-des-Landes, une menace pour la République ?

Si la pression à l’endroit de la Zad se faisait plus pressente ces dernières semaines, les attentats du 13 novembre ont chamboulé les agendas politiques. Le sous-préfet Stéphan de Ribou en charge du dossier a confirmé peu après le drame de Paris que Notre-Dame-des-Landes n’était pas une priorité dans le contexte actuel. Certains partisans du projet espèrent toujours une intervention policière sur zone en janvier 2016, mais l’État d’urgence mobilisant de nombreux gendarmes et policiers, il semblerait qu’une évacuation prochaine soit ajournée.

Par delà les conjectures sur une possible évacuation, notons que les discours favorables au projet s’appuient régulièrement sur l’idée que la Zad serait une « zone de non-droit » ou une « menace » pour la République. Ainsi, Joël Guerriau (sénateur UDI-UC) déclarait : « A Notre-Dame des Landes, une enclave de zadistes défient la République ». Manuel Valls (PS) affirmait à propos de l’aéroport : « Il est indispensable d’imposer à ceux qui contestent de manière violente l’autorité de l’État, l’autorité de l’État, c’est-à-dire la mise en œuvre du projet ». De même, Bruno Retailleau (sénateur LR) s’exprimait sur les ondes de France Bleu Loire Océan : « Notre-Dame des Landes est une zone de non-droit ». L’argument confine à l’hystérie quand ce même sénateur évoque la Zad sur Europe 1 : « On se croirait à Damas ou alors à Mossoul. » Au-delà des postures liées à la période électorale, que nous dit le choix des partisans du projet d’aborder le dossier sous l’angle de la « République bafouée » ?

Un des objectifs est de créer un ennemi intérieur, car celui-ci donne toute latitude au pouvoir face à un adversaire qui menacerait le « vivre-ensemble ». L’ennemi intérieur justifie et légitime une intervention policière violente, intervention qui ne sera victorieuse que si la population se désolidarise des occupants. Diaboliser certains opposants permet de réduire les solidarités en masquant les alternatives concrètes misent en place (autogestion, habitat léger, maraîchage biologique, etc.), et les soutiens à la lutte (200 comités dans toute la France, des dizaines de milliers de manifestants, etc.).

L’argument d’une « République bafouée » indique également que les justifications à la création du nouvel aéroport (saturation de Nantes-Atlantique, création d’emplois, développement économique de la Région, etc.) ne portent plus beaucoup dans l’opinion. Le travail de contre-expertise effectué par les opposants est parvenu à détricoter les discours officiels. Qui peut croire Manuel Valls par exemple, lorsqu’il affirme à l’Assemblée Nationale : « si l’on veut être cohérent avec le rendez-vous de la Cop21, alors il faut poursuivre les travaux » ?

Incapable de convaincre sur le fond de l’affaire, l’option pour les porteurs de projet consiste à reformuler les termes de la question. Car finalement, l’idée d’une « République bafouée » a pour ambition de déplacer la problématique du dossier. Tant que la controverse demeurera « pourquoi faut-il un aéroport ? », le pouvoir ne parviendra pas à imposer ses vues. En revanche, si la question devient « peut-on accepter une zone de non droit ? », il recueillera davantage de soutiens dans l’opinion. La seconde formulation ayant le mérite, pour les partisans, de relayer au second plan certains sujets, tels que les espèces protégées, le bilan économique global, les bénéfices des actionnaires ou encore la sauvegarde des zones humides.

On pourra s’étonner de l’indignation sélective du pouvoir qui tolère certains comportement et d’autres non, selon ses intérêts propres. S’il condamne la crevaison de pneus ou l’obstruction à un huissier, il s’appuie au besoin sur les exactions de la FNSEA à Sivens pour arriver à ses fins. Il en va sur la Zad comme pour le chahutage à Air France, les dirigeants mettent en exergue la violence des dominés pour mieux dissimuler la violence des dominants.

 

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